Un
peu d’histoire…
Le bouclier
est la principale arme défensive des Gaulois.
Le bouclier gaulois était entièrement
réalisé en matériau organique à l’exception
de la protection métallique couvrant la partie centrale, l’umbo,
les rivets de fixation, la gouttière métallique qui
protège les bords, l’orle, et une plaque métallique
qui recouvre la poignée en bois, le manipule.
Ces pièces en fer sont donc les seuls éléments
qui nous parviennent, parfois en place, lorsque le bouclier a été déposé dans
la tombe d’un guerrier, mais aussi en morceaux dans les poubelles
des habitats où ces éléments restent toutefois
très rares. Les sanctuaires picards ont en revanche livré des
centaines d’éléments, vestiges des trophées
qui ornaient les murs d’enceinte et rejetés ensuite dans
les fossés.
Dans
le récit de la Guerre des Gaules, César décrit
des boucliers vraisemblablement réalisés en clayonnage
(tressage de branches). Même si dans ce cas de tels boucliers
ont été fabriqués dans l’espace d’une
nuit pour remplacer les armes confisquées plus tôt,
il paraît vraisemblable que des réalisations en vannerie équipées
certains soldats.
La forme des boucliers
est connue grâce
aux bas-reliefs grecs et romains où les guerriers celtes symbolisent
le monde barbare. Les éléments métalliques trouvés
en place permettent également d’en estimer les dimensions.
Mais ce sont surtout les exceptionnelles découvertes de fragments
en bois du lac de La Tène, en Suisse, qui nous permettent
d’en reconstituer la fabrication.
Le bouclier qui équipe les guerriers
celtes sur les champs de bataille de la Guerre des Gaules est relativement
mal connu parce qu’à cette époque l’équipement
militaire n’accompagne plus le défunt dans la tombe
et que les sanctuaires ont été abandonnés presque
un siècle auparavant. Mais on peut en voir des exemplaires
sur la colonne Trajan, commémorant deux siècles plus
tard la victoire de l’armée romaine et de son général,
César, sur les barbares gaulois.
Le bouclier est une
partie essentielle de l’armement celte. La poignée horizontale
permet une utilisation dynamique et autorise de puissantes percussions
du tranchant.
Dans la symbolique romaine, sa forme oblongue identifie le guerrier
celte. On peut supposer que le bouclier était déjà le
support d’une signalétique propre à chaque individu
ou à chaque tribu, similaire aux motifs que l’on rencontre
sur les fourreaux d’épées, sur les vases ou les
quelques fragments d’étoffes qui nous sont parvenus.
Le bouclier est toujours
plat et de forme ovoïde. Les exemplaires connus fournissent des dimensions
d’1,10 m de long et de 0,50 à 0,60 m de large. Si la
morphologie générale est assez figée, les différents
usages pouvaient entraîner des variations, avec par exemple
des boucliers plus petits pour les cavaliers que les fantassins.
Il est fabriqué comme nos contreplaqués
modernes par collage d’un entrelacs de fines lamelles de bois
fibreux, aulne, frêne ou peuplier, sans doute avec de la colle
d’os, de peau ou de poisson. Ce lamellé-collé offre
légèreté, souplesse et résistance aux
chocs.
L’épaisseur de la planche, connue par les dimensions des
pièces métalliques (orle et rivets), montre des variations
sensibles : de 10 à 17 mm dans la partie centrale et de 5 à 10
mm au niveau des bords. À l’instar de l’ensemble
de la panoplie guerrière, on constate tout au long du second
Age du Fer une tendance à l’allègement du bouclier.
Cette tendance s’accompagne vraisemblablement de techniques de
combats de plus en plus mobiles.
La planche du bouclier était
probablement recouverte de couches de tissus ou de cuir pour en renforcer
l’élasticité et limiter l’éclatement à l’impact.
Cependant la peau alourdit énormément l’ensemble.
Réalisation:
En fonction de la destination
du bouclier, reconstitution (le plus fidèle possible) ou combat (donc moins sophistiqué),
on peut simplifier la construction.
La
planche
Dans une plaque
de contreplaqué de
10 à 12 mm d'épaisseur, découper un ovale d'environ
110cm par 50 à 60 cm (au choix).
Découper un ovale au centre. Les dimensions sont à ajuster à la
main qui doit entrer en force en largeur (prévoir l'épaisseur
d'une protection) ; en hauteur, la main doit pourvoir pivoter librement.
Le manipule
Dans la construction
originale, le manipule en bois, de section cylindrique, est taillé en queue
d'aronde à chaque extrémité. La section des
queues d’aronde est trapézoïdale. Elles sont ajustées
dans l'épaisseur de la planche du bouclier, de la face extérieure
de la planche vers l’intérieure, la plus grande largeur
du trapèze sur la face extérieure. Cette configuration évite
l’arrachement du manipule, fortement sollicité lors
des mouvements.
Le
couvre-manipule
Pour renforcer
la pièce de
préhension, les Gaulois ajoutaient une plaque de fer, le couvre-manipule,
Il déborde de part et d’autre et est percé de
deux trous par lesquels passeront les rivets maintenant l’umbo.
La spina
C’est l’élément
qui donne de la raideur à la planche. La spina (épine)
est taillée dans un bois blanc (peuplier, tilleul) qui résistera
mieux à l’écrasement et à l’éclatement
qu’un bois plus dense. Elle a la longueur de la planche. Dans
la partie centrale, le renflement est évidé aux dimensions
de la main. La spina est maintenue en place par l’umbo, mais
il est possible de renforcer la fixation par deux chevilles en bois
dans les branches.
L’umbo
Cette pièce métallique
protège la main. La forme de l’umbo (nombril) évolue
au cours de la période celtique et c’est d’ailleurs
un élément chronologique important. Au moment de la
Guerre des Gaules, deux types d’umbos coexistent. La forme
la plus répandue s’inscrit dans la continuité des
pièces anciennes, l’umbo à coque et ailettes.
L’autre type est l’umbo circulaire. Au-delà de
la différence de formes, le second
type
se distingue par l’absence de spina.
Sur le site de la bataille
d’Alésia,
les deux types se côtoient et l’on peut donc opter pour
l’un ou l’autre. Un umbo circulaire est plus simple à réaliser
mais il ne faut pas que tous les guerriers en soient équipés.
La mise en forme de
l’umbo nécessite
quelques notions de dinanderie, de l’huile de coude et de bonnes
protections d’oreilles. L’épaisseur de la tôle
des pièces archéologiques est de l’ordre du millimètre
mais pour nos besoins, il est préférable d’opter
pour une épaisseur plus importante au risque de devoir garder
un marteau à portée de main. La tôle des armoires
métalliques est bien appropriée.
Sans entrer dans le détail de la technique, la mise en forme
se fait au marteau, sur un tas en bois ou en métal. Après
avoir découpé soit un cercle soit un papillon, on commence
au centre de la pièce par un martelage régulier que l’on étend
en spirale à toute la surface de la bosse. On répète
l’opération jusqu’à obtenir le volume souhaité.
Montage
de l’ensemble
Il est important
de protéger
la main en collant de la peau de mouton ou de la fourrure à l’intérieur
de la spina et sur les bords de l’orifice. Cette protection
permet également d’ajuster au mieux les dimensions à la
main qui doit entrer en force pour permettre une préhension
ne nécessitant pas un serrage trop important.
L’umbo papillon couvre la spina, et chaque aile est percée
de un à trois rivets. Le rivet central, qui traverse l’extrémité du
couvre-manipule, est replié en agrafe et planté dans
la planche. Les rivets peuvent être taillés dans des gros
clous à tête plate.