Le mobilier céramique
figure parmi les vestiges les plus fréquemment rencontrés
sur les sites archéologiques. Support où s’expriment
les goûts et la culture de chaque groupe, la céramique
est l’un des meilleurs indicateurs chronologique et
culturel. Reproduire l’objet permet d’appréhender à travers
les gestes, les contraintes de cette pratique et d’envisager
la personne même du potier dans son activité quotidienne.
L’expérimentation
tente de reconstituer l’ensemble de la chaîne
opératoire de la production, depuis l’acquisition
des matières premières, leurs préparations,
les différentes manières de mettre en forme
les récipients (plaques, colombins, tournette, tour)
et l’outillage nécessaire à la réalisation
de décor, modelé, en creux ou peint. Les pièces
reproduites sont issues de mobiliers découverts sur
des sites picards et attribués à la première
moitié du 1er siècle avant J.-C.
La cuisson est
une expérimentation en soit. Différents modèles
de four en terre, basés sur des reproductions, permettent
d’évaluer les capacités thermiques et
le contrôle des atmosphères de cuisson. L’emploi
de sondes thermiques permet d’appréhender ces
variations.
Chaque étape
de la production s’accompagne d’observations
et d’enregistrements. Après cuisson, toutes
les modifications structurelles sont notées (couleurs,
retraits) et corrélées aux étapes précédentes
de la chaîne opératoire.
L’expérimentation
céramique se poursuit à travers l’utilisation
des pièces réalisées dans le domaine
culinaire. L’utilisation domestique des vases est en
effet la fonction essentielle des productions céramiques
antiques. Le passage au feu lors de la cuisson des aliments
modifie la structure des argiles, provoque des altérations
que l’on peut comparer aux traces observées
sur les pièces originales.
Gaudefroy Stéphane
Président des Ambiani, chargé d’études
et responsable d’opération àl’Institut
national de recherches archéologiques préventives.