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Gastronomie
Gauloise
L’alimentation
gauloise.
par Denis Mareschal
L’alimentation des gaulois reste un sujet mal appréhendé.
En effet, la culture celtique, orale, demeure très avare en
textes et les auteurs latins ont rarement évoqué les
mets de ces « barbares ». Par exemple, Pline évoque
les oies qui viennent sur pieds à Rome du pays des Morins (Histoire
Naturelle, X, 27), et Strabon cite en exergue les salaisons gauloises
que l’on retrouve sur les marchés italiens (Géographique,
IV 4, 3). Posidonios narre aussi un festin « Voici les repas
des Celtes : on étend du foin et l’on sert sur des tables
peu élevées. Pour nourriture, des pains en petit nombre
et beaucoup de viande cuite dans l’eau ou rôtie sur des
charbons ou à la broche… » Malgré l’intérêt
de ces écrits, ils demeurent ponctuels et anecdotiques.
La connaissance
des pratiques alimentaires dépend donc surtout des données
archéologiques récentes. Celles-ci portent soit sur les
animaux et les plantes retrouvés sur les sites fouillés,
soit sur le matériel associé plus ou moins directement
aux aliments : récipients, ustensiles.
L’archéozoologie, en étudiant
les os dégagés des fouilles, permet de reconstituer
une image de la faune de l’époque. La chasse ne représente
qu’une part infime de la nourriture. De plus elle évolue
vers une baisse durant la période gauloise (de 1,3% au IVe
siècle av. J.-C. à moins de 1% aux siècles
suivants). Le lièvre (le lapin n’existe pas en Gaule)
est le plus chassé, ou piégé. Le chevreuil,
le cerf, et le fameux sanglier sont rares dans les poubelles gauloises.
D’ailleurs leur présence indique clairement, dans
ce cas, un statut élevé des occupants. Seule l’élite
avait le droit de chasser ces animaux comme pour l’époque
médiévale. Rappelons cependant pour les deux derniers,
que les gaulois vénéraient Cernunos (dieu à la
ramure de cerf) et que l’image du sanglier se retrouve fréquemment
dans l’iconographie gauloise (monnaies, carnyx).
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À cette liste principale, on
peut ajouter de manière très anecdotique : l’auroch
(bœuf sauvage), mais aussi le blaireau, le loup, la loutre,
le renard (pour leur fourrure), l’ours et aussi la tortue… La
pêche devait aussi participer à l’alimentation,
d’ailleurs assez souvent les sites sont près de cours
d’eau. Néanmoins la fragilité de ces restes induit
une très mauvaise conservation, ce qui empêche d’estimer
son rôle exact (on dégage surtout les poids des filets
ou les hameçons).
L’essentiel des animaux (près
de 99 %) provient donc d’espèces domestiques. Il est
ainsi acquis que la trio bœuf, porc, capriné (mouton
et chèvre sont difficiles à distinguer) domine les
troupeaux. Il faut ajouter de manière beaucoup plus réduite
le chien et le cheval. D’ailleurs cette hypophagie semble bien
représentée dans le nord de la Gaule, mais exceptionnelle
ou inexistante ailleurs. La volaille ne semble pas très courante
(leurs os très fragiles ont pu être croqués par
les chiens et les porcs). Le coq et la poule sont exploités
depuis plusieurs siècles. On retrouve souvent ce volatile
en offrande dans les incinérations de la fin de la période.
L’oie cendrée, le canard colvert et le pigeon biset
ont sans doute été domestiqués par les gaulois.
Parfois, la fréquence de belette traduit probablement sa domestication
en vue de lutter contre les rongeurs (le chat n’est pas encore
présent (le chat sauvage oui)).
Une caractéristique de l’ensemble
de ces animaux consiste dans leurs dimensions réduites. Ils
sont petits (stature moyenne : vache 1,05 m ; cheval 1,25 m, porc
0,70 m et mouton 0,60 m), et graciles (vaches/chevaux = 200 kg ;
porc =70/80 kg et mouton =30 kg). Les quantités en viande
(30 à 40% du poids) et en graisse (20 à 30%) disponibles
sont donc particulièrement modestes. Toutefois, leurs rôles
ne se limitent pas uniquement à fournir les tables en viande.
Le lait des brebis et des vaches était utilisé et transformé comme
l’attestent les faisselles en céramique.
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Les travaux récents des archéozoologues
permettent d’affiner notre perception de la nourriture gauloise.
Ainsi, il a été démontré que selon le statut
social, l’alimentation diffère. L’âge d’abattage,
et leur fréquence, qualifie le degré dans la hiérarchie,
les animaux jeunes et tendres caractérisant les niveaux plus élevés.
De plus une hiérarchie classe les animaux. Le porc est probablement
le plus côté, alors que le cheval et le bœuf semblent
se situer à un niveau inférieur ; les moutons seraient
en position intermédiaire (le chien peu consommé (1%)
s’apparente au porc). Par ailleurs, les morceaux servent aussi à la
hiérarchie : les côtes et les filets s’opposent
aux pieds qui sont des pièces peu appréciées.
Soulignons enfin que des évolutions s’observent selon
les périodes, mais aussi selon le type de site (agglomération,
village, ferme). En outre, il est probable que des différences
régionales existent (voir le cas de l’hypophagie mentionné précédemment).
Les carpologues, eux, travaillent sur les vestiges
des plantes conservés
soit par minéralisation soit surtout par carbonisation. Ils
peuvent donc retrouver les espèces qui ont été cultivées/récoltées.
Pour le Nord de la France, les agriculteurs gaulois exploitent essentiellement
des graminées et des légumineuses. Les céréales
ou graminées domestiques, comprennent quatre principales espèces
de blés (l’engrain, l’amidonnier, l’épeautre
et le froment), mais aussi de l’orge à grains nus et
vêtus, l’avoine cultivée, le millet commun et
le millet des oiseaux. Le seigle semble être encore une mauvaise
herbe (il sera cultivé à partir du Ier siècle
de notre ère). Au niveau des légumineuses, la lentille,
le pois, la féverole, l’ers et la vesce cultivée
sont recensés. Si toutes ces espèces sont représentées
pour l’époque gauloise, elles n’ont pas la même
importance. Ainsi le blé amidonnier et l’orge vêtue
sont très fréquents en Picardie et Ile-de-France durant
toute la période gauloise. Le millet, à l’inverse,
décroît à partir du IIIe siècle av. J.-C.
et il a pratiquement disparu au Ier siècle avant J.-C. L’avoine
cultivée semble très discrète du Ve au Ier siècle
avant J.-C. En Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine le blé é peautre
supplante l’amidonnier, et l’engrain est encore cultivé comme
l’orge vêtue. En Haute et Basse-Normandie se sont l’amidonnier
et l’orge vêtue qui dominent, l’épeautre étant
plus secondaire. Les lentilles, pois féverole, l’ers
et la vesce cultivée paraissent tenir un rôle plus mineur.
Les plantes oléagineuses et/ou textiles (le pavot, le lin
et la caméline) et des condiments comme le poivre d’eau,
la ravanelle et la moutarde noire sont rarement attestés.
Les plantes aromatiques orientale et méditerranéenne
telle que le fenouil, l’origan, la sarriette ou la coriandre
garniront les tables uniquement à partir du changement d’ère.
Certaines plantes sauvages ont pu être ramassées car
leurs feuilles peuvent se consommer en salade ou bouillie (les renouées,
arroches, mauves et particulièrement les chénopodes
blanc). Rappelons que les feuilles ne se conservent pas malheureusement.
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Au
niveau des fruits, la liste comprend des espèces « sauvages » telle que les prunelles,
merises, framboises, fraises, pommes, noisettes, raisins, glands et baies
de sureau mais aussi une espèce domestique : la prune. Les châtaignes
n’existent pas encore. Il est possible que les arbustes sauvages
ont été transplantés dans les jardins gaulois. Si
les auteurs antiques soulignent l’importance des vergers et de
la fruiticulture dans le monde romain, il demeure impossible d’extrapoler
pour la période gauloise (des fruitiers sont-ils cultivés
alors ? plantés en haies ?). Il faut attendre des contextes augustéens
(grosso-modo 20 av. à 20 de notre ère) pour disposer d’un
noyau d’olive et de pépins de poirier cultivé. Les
plus anciennes dates où sont mentionnées des plantes et
des fruits « romains », soit de la coriandre, un pépin
de figue et des pépins de vigne cultivé (distinct du sauvage)
se placent au milieu du Ier siècle avant J.-C. Enfin parmi les
produits sauvages accessibles, il faut indiquer le miel. Bien qu’il
ne laisse aucune trace, il fait certainement l’objet d’attention
et il faut supposer que des ruches étaient entretenues partout
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La cuisine des plantes. Tandis que
les graines et les fruits sont relativement abondants, les produits
transformés qui en découlent demeurent très rares.
L’examen des micro-fragments végétaux (phytolithes)
conservés, piégés dans les interstices des meules,
donne l’opportunité d’étudier la composition
des farines. Toutes les farines ne permettent pas de confectionner
du pain à pâte levée (fermentation favorisée
par l’ajout à la pâte de levain). Par exemple le
faible taux de glumen dans les farines d’orge vêtu et de
blé amidonnier empêche de confectionner des pains à pâte
levée. Ces céréales se consomment sous la forme
de grains concassés et bouillis, de soupes à base de
farine grillée ou de galettes à pâte non fermentée.
Les féveroles, les glands et les cenelles d’aubépine
peuvent être également être écrasés
sur la meule. Par contre, l’épeautre et le froment fournissent
une farine panifiable. L’amidonnier, l’orge vêtue
et l’avoine sont préparés de manières diverses
et variées, sous forme de galette, bouillie, soupe, gruau, flocon
si on se base sur les recettes traditionnelles. Le millet est fréquemment
préparé sous forme de bouillie et de galette. Les légumineuses
peuvent être aussi moulues, comme la féverole, mais la
plupart se consomment sous forme de bouillies et de soupes ou telle
quelle. Le lin peut être consommé en bouillie mélangé avec
de l’orge. L’ers et la gesse peuvent être aussi être
mangés si les graines sont bouillies (comme pour le lin). L’assaisonnement
devait se résumer dans l’usage du sel, puisque le poivre
et les épices arriveront plus tardivement. Ce sel était
produit en Gaule en particulier le long du littoral. La moutarde noire,
qui est attestée, a due être employée aussi.
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Pour les boissons alcoolisées, les connaissances
s’avèrent également limitées. Posidonios
d’Apamée (qui a voyagé en Gaule au début
du Ier siècle av. J.-C.) nous apprend que les boissons diffèrent
selon les classes sociales « Ce que l’on boit chez les
riches, c’est du vin apporté d’Italie ou du pays
des Massaliotes (Marseille) et on le boit pur ; quelquefois on y mêle
un peu d’eau ; chez ceux qui sont moins à l’aise,
c’est la bière de froment (purinos) préparée
avec du miel ; chez le peuple, c’est de la bière toute
simple, on l’appelle corma » (Posidonios, d’arpès
Athénée, Depnosophistes, 4, 152).
Il faut garder en mémoire que la seule source
de sucre repose sur le miel. Pourtant certains fruits sauvages contiennent,
comme la prunelle, suffisamment de sucre pour déclencher la
fermentation du jus. La bière ou la cervoise (sans houblon)
est à base de malt, composé de grains d’orge germés,
grillés et réduits en poudre, qui sert pour la fermentation.
Or aucune trace n’existe directement. Il faut retrouver des restes
de séchoir pour déduire une telle activité. L’hydromel était
aussi connu. Une tombe princière du Bade-Wurtemberg de la fin
du VIe siècle avant J.-C. en a livré. Toutefois, cette
préparation ne laisse pratiquement aucune trace. La vigne sauvage
est spontanée en Europe, alors que celle cultivée est
retrouvée en France dans le courant du VIIe siècle av.
J.-C. dans le Languedoc, importée par les colonies grecques.
Elle remonte lentement vers le nord ensuite, et les premiers indices
dans le Bassin parisien ne datent que du Ier siècle après
J.-C. Rien n’accrédite alors le fait que les raisins soient
destinés pour la vinification. Dans le Val d’Oise les
découvertes récentes indiqueraient des vignobles dès
le Haut-Empire. Les auteurs antiques ont souvent évoqué la
consommation de boisson chez les Celtes. Ils s’offusquaient sur
leur manière de boire le vin (sans le mélanger à l’eau)
et dans des quantités selon eux démesurées. Si
le liquide ne laisse aucune trace, son contenant est lui caractéristique,
puisqu’il s’agit de l’amphore (auquel s’ajoute
passoires et services luxueux à boire). Ces amphores servent
donc à observer la distribution chronologique et géographique
du vin. Cette boisson, qui est donc importée, était de
fait sans doute l’apanage des élites. Contrairement à la
bière, qui peut être produite selon les besoins et rapidement,
le vin demande une longue préparation qui s’effectue une
seule fois par année. Le fait de découvrir parfois des
amas d’amphores, souvent cassées, associées fréquemment à de
nombreux restes osseux et à de la vaisselle de table, incite à percevoir
des banquets « rituels » ou plus prosaïques. La problématique
sur ces « festins» se développe depuis quelques
années.
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Nos données sur les breuvages gaulois
proviennent donc essentiellement des contenants ou des installations
de productions (séchoirs, pressoirs…). Les analyses menées
sur les résidus des récipients sont encore trop exceptionnelles
pour être révélateur.
Enfin l’alimentation et la cuisine peuvent être
perçu indirectement à partir des récipients et
des ustensiles. Diodore écrit que « auprès d’eux
sont des foyers pleins de feu, avec des chaudrons et des broches chargées
de pièces entières de viandes » (Bibliothèque
Historique, XV, 28, 4, 5). Or, parfois, dans les dépotoirs et
plus souvent dans des sépultures privilégiées,
il est dégagé des chaudrons, grils, broches, chenets.
Couplé à l’étude des os, il est possible
de déduire que certaines viandes ont été bouillies
alors que d’autres ont été grillées. Lors
des fouilles des habitats, des meules plus ou moins complètes
sont exhumées. Pour la fin de la période gauloise, elles
sont rotatives et se décomposent en deux éléments
: une partie « dormante » (la meta) et une qui sert à broyer
le grain, la partie active (le catilus). Si cette activité laisse
des traces, en revanche les fours gaulois sont mal connus. Si, dans
plusieurs cas, l’archéologie met au jour des fosses, plus
ou moins rubéfiées, interprétés comme des
fours, elles se situent à l’écart de l’habitat.
Or le four pour la cuisson des aliments doit être associé à la
maisonnée. Souvent des fragments de torchis sont décomptés,
mais il demeure impossible de distinguer ceux qui servent d’enduit
isolant des murs de ceux de potentiels fours culinaires. Il faut noter
que le principe de la cheminée est propre à la romanisation.
De rares crémaillères ont toutefois été retrouvées.
Les récipients en céramique constituaient la majeure
partie du vaisselier. Ceux en métal de type chaudron étaient
rares et sans doute réservés aux plus fortunés.
Parmi les vases, on peut cataloguer ceux de grande taille (contenance
de plusieurs dizaine de litres) et disposant d’ouvertures étroites
qui servaient à stocker les denrées alimentaires au sein
de la maison (qualifiés de dolium). Certains dont les parois
internes sont altérées évoquent sans doute des
saloirs. Les salaisons et la charcuterie gauloise étaient d’ailleurs
réputées à Rome. D’autres récipients
portent des traces de rubéfaction et/ou des résidus de
caramels alimentaires. Depuis peu des chimistes travaillent sur ces
restes pour déterminer à quel type d’aliments ils
correspondent. Ces pots devaient permettre la cuisson des préparations.
Les vases étaient chauffés en les rapprochant progressivement
du foyer. Parfois de minuscules vases sont interprétés
comme des « doseurs ». Enfin une vaisselle fine avec des
formes ouvertes doit ê tre reliée à la présentation
et à la consommation. Il n’existe pas d’assiette
comme à notre é poque mais des écuelles qui sont
des formes plus fermées, sans doute à rapprocher des
bouillis et gruaux que l’on consommait. Il faut enfin signaler
que des récipients en bois existent aussi, mais du fait de leur
fragilité, il reste difficile d’estimer leur importance.
Cet aperçu met en évidence nos carences
sur l’alimentation gauloise. Si avec la multiplication des études
spécialisées nous connaissons de mieux en mieux les ingrédients
disponibles, la cuisine reste presque inconnue. Il s’avère
indéniable que les différences sociales sont clairement
affirmées mais sans doute des spécialités régionales
existaient déjà et caractérisaient certaines régions.
De plus nous avons observé que des échanges commerciaux
apportaient certains produits sur de longues distances en particulier
du monde romain.
Avec la période gallo-romaine, l’alimentation évolue …mais
c’est une autre histoire…
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Pour en savoir plus : F. Malrain
(dir.), P. Méniel, V. Martterne, F. Gransar, O. Nillesse ;
B. Lambot et E. Pinard 2002 :Paysans gaulois (dossier), l’Archéologue
n° 62 octobre-novembre 2002. (épuisé en librairie
mais dans les bonnes bibliothèques)
F. Malrain, V. Matterne et P. Méniel
2002 : Les paysans gaulois (IIIe siècle-52 av. J.-C.) éditions
Errance-INRAP ; Paris, 236 p.
V. Matterne 2001 : Agriculture et alimentation
végétale durant l’âge du Fer et l’époque
gallo-roamine en France septentrionale. Archéologie des plantes
et des Animaux 1, éditions M. Mergoil, Montagnac, 310 p
P. Méniel 2001 : Les Gaulois
et les animaux, éditions Errance, Paris, 127 p.
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