Armement Gaulois

A défaut de n’avoir que peu d’informations par le biais des textes, et de l’iconographie, c’est l’archéologie qui apporte de nombreuses données au sujet de l’armement du guerrier gaulois. En effet, depuis plusieurs années, les fouilles archéologiques se sont multipliées. Les tombes de guerriers, et les dépôts d’armes provenant des sanctuaires ont ainsi permis, après restauration, une étude et une classification de cet armement. Par ailleurs, les artisans gaulois sont connus pour leur maîtrise de la métallurgie, et ont apporté certaines innovations en matière d’armement. Ils ont été des précurseurs dans plusieurs domaines, et avaient de nombreux savoir-faire et connaissances au

 

L’armement gaulois durant la Guerre des Gaules se distingue en deux types :

  • les armes offensives
  • les armes défensives

Les armes offensives

Les armes de jet

 

  • L’arc : il n’y a que très peu de représentations d’arcs gaulois, encore moins de découvertes archéologiques. En effet, ce dernier est constitué de matériaux périssables, et seules des pointes de flèches en fer nous sont parvenues, en grandes quantités sur certains sites archéologiques. Dans ses textes sur la Guerre des Gaules, César fait référence à l’utilisation de cette arme, notamment lorsqu’il entreprend des sièges sur les places fortifiées gauloises.
Statère Ambiani
Statère Ambiani
  • La fronde: si l’usage de cette arme est attesté par les textes, aucune représentation ou découverte ne peut nous en restituer l’image. Elle serait composée de deux lanières de cuir, reliées à une poche où l’on plaçait le projectile. Les projectiles sont en revanche bien connus, les gaulois utilisaient de simples galets, ainsi que des balles ovoïdes en terre cuite d’un diamètre allant jusqu’à 10 cm.
Balle de fronde
Balle de fronde découverte dans le fossé de la contrevallation d’alesia en 1968. Siège de 52 avant J.-C. Poids : 47 g.
© Cliché A. Rabeisen
Musée Alésia
  • Le javelot : c’est l’arme de jet par excellence des troupes légères que l’on retrouve dans la cavalerie ou l’infanterie. Sa fonction, à l’instar du pilum romain, n’est pas nécessairement de porter un tir fatal à l’ennemi mais de le harceler. L’action des tirailleurs va être avant tout de déstabiliser les lignes ennemies, de fragiliser ou d’entraver les armes défensives du camp adverse. En effet, plusieurs tirs dans un bouclier auraient pour effet d’alourdir ce dernier et de le rendre moins maniable. Cela permet ainsi d’affaiblir l’adversaire avant le premier contact et d’ébranler son moral. Le javelot se compose simplement d’un fer et d’une hampe courte (1m50) destinée presque exclusivement au jet. Il se lance à la main mais aussi à l’aide d’une courroie en cuir.

 

La lance

La lance est classée dans la catégorie des « armes d’hast » avec pour caractéristiques un fer à double tranchant, une hampe de 2m à 2m50 et parfois un talon en fer.

Elle constituait une arme redoutable dont usaient aussi bien le fantassin que le cavalier et permettait de porter des coups d’estoc avec une allonge importante.

La forme du fer change au cours du temps, passant d’une forme trapue et courte au Ve siècle avant J.-C. à une forme effilée et longue au Ier siècle avant J.-C. Certains fers de lance perforés ou de très grandes dimensions sont interprétés comme des enseignes.

 

 

L’épée

 

  • L’épée

 

L’épée est l’arme emblématique de la noblesse. L’archéologie, les textes ainsi que diverses représentations nous livrent de nombreuses informations sur cet élément de la panoplie du guerrier. Réservée aux élites sociales du fait de sa valeur matérielle et symbolique, cette arme a notamment été retrouvée dans des tombes au côté défunt.

L’épée est composée d’une lame en acier à doubles tranchants, prolongée d’une soie et d’une garde peu prononcée qui n’était pas adaptée pour protéger la main lors d’une parade.

Par la suite, l’épée subit de nombreuses modifications au cours du second âge du Fer pour aboutir, lors de la Guerre des Gaules, à une arme légère et flexible d’une longueur d’environ 90 cm et une largeur de 4 à 5 cm. Tandis que certaines épées datant de la Conquête romaine présentent un arrondissement de la pointe, elles pouvaient éventuellement s’utiliser d’estoc, même si la lance était l’arme la plus efficace dans ce domaine.

En effet, le maniement de ces épées, bien éloigné des clichés cinématographiques modernes, se révèle essentiellement dans les coups de taille. Ces attaques portées depuis un cheval, un autre apanage de l’aristocratie, s’avèrent particulièrement meurtrières.

Plusieurs études d’ossements de guerriers ayant subi ce type d’assaut, démontrent l’efficacité de ces techniques.

Épée et son fourreau
Epée et son fourreau – IIIe s av. J.-C. (d’après A. Rapin).
Brunaux, J.-L., Lambot B., Guerre et armement chez les Gaulois. 450-52 av. J.-C, Paris, Errance, 1987, p. 86.
a) lame
b) poignée en bois
c) rivets
d) croisière
e) plaque de tôle
f) bouterolle
g) frette
h) entrée du fourreau vue avers
i) entrée du fourreau vue revers
j) pontet ou pièce de suspension

 

  • Le fourreau

Dans l’antiquité, les fourreaux d’épées étaient conçus en cuir ou en bois ou en usant des deux matériaux. Mais avec l’utilisation du fer, le fourreau d’épée gaulois va atteindre une grande sophistication, les Gaulois étant d’ailleurs les premiers à concevoir des fourreaux d’épées entièrement métalliques. Servant au logement et à la protection de la lame, il est composé de plusieurs tôles découpées sur mesures et ajustées à la taille de la lame, pouvant être démontées pour les réparations ; l’arme est ainsi maintenue et les tranchants protégés. Étant un objet de prestige, il a souvent été retrouvé sur l’avers du fourreau (la face visible) des motifs ornementaux gravés, repoussés ou estampés. Sa forme et son système de suspension ont subi de nombreuses modifications au cours de l’âge du Fer et ses évolutions servent de marqueurs chronologiques.

 

Armes d’appoint

Ceci ne constitue pas une catégorie d’arme à proprement parler. Parmi ces armes dites « de poings », on peut désigner des éléments tels que les poignards, couteaux ou même gourdins. Il n’y a aucun texte les concernant, mais il est plausible qu’ils aient pu trouver leur utilité lors de combats rapprochés en tant qu’arme secondaire (en complément de la lance) ou de dernier recourt.

Aujourd’hui encore, leur place dans l’armement guerrier reste cependant discutable.

 

Les Armes Défensives

Le bouclier

Le bouclier est l’arme défensive des Celtes par excellence. L’archéologie et l’iconographie fournissent quelques informations sur cette arme. Plat, de forme ovale, long d’environ 1m10 à 1m20 et large de 50 à 60 cm, il est constitué de planches en bois très fines assemblées avec de la colle, et notamment de la colle d’os.

Bien qu’aucune découverte archéologique n’atteste l’existence de boucliers en osier, César y fait référence lors d’un évènement isolé de la Guerre des Gaules. La partie centrale du bouclier est évidée pour laisser place au manipule, la poignée en bois, parfois recouverte d’un renfort métallique. Par-dessus se trouve l’umbo, une coque métallique servant à protéger la main du combattant. Il peut être de forme circulaire ou muni d’« ailettes » ; les deux modèles sont présents pendant la Guerre des Gaules. Les umbos à ailettes sont complétés d’une spina en bois servant à raidir la planche du bouclier. A noter que selon leur forme, à l’instar des fourreaux d’épées, les umbo servent également de marqueurs chronologiques.

La fonction première du bouclier n’était pas d’encaisser les attaques de plein fouet, sachant que l’arme de l’adversaire risquée de s’y ficher, mais de les dévier et d’absorber les chocs. Il peut également être utilisé de manière plus offensive en portant des coups à l’adversaire à l’aide de l’extrémité pouvant être parfois renforcée d’un orle, et pour créer des ouvertures afin de porter un coup fatal à l’aide de l’arme.

Bouclier
Assemblage d’un bouclier (d’après A. Rapin). Brunaux, Lambot 1987,p. 98.
a) manipule de fer
b) poignée en bois
c) planche
d) orle
e) spina
f) umbo
S) rivets

 

Le casque

Les contextes de découvertes de casques gaulois révèlent un usage réservé aux élites guerrières. En fer ou en bronze, il en existait plusieurs formes différentes selon les régions. Les casques en fer comprennent 2 types :

 

  • Le type Port : Notamment retrouvé sur les sites de Bibracte, Ribemont sur Ancre, Mesnil-sous-Jumiège), ce casque est constitué de deux pièces : une calotte semi-sphérique et un couvre nuque riveté à l’arrière. Le décor repoussé en forme de sourcil sur le devant de la calotte est l’un des signes distinctifs pour ce type. Il comprend également des protèges-joues nommées paragnathides.
Casque type port
Dessin L. Pernet repris de Schaaff 1988a, Abb. 1et 41 Waurick 1988b, Abb. 14





  • Le type Alésia/Celtique occidental : Notamment retrouvé sur les sites d’Alésia, Notre-Dame-du-Vaudreuil, Agen. Contrairement aux casques de types Port, ces casques sont fabriqués d’une seule pièce et sont également munis de paragnathides.
Casque type Alésia
Dessin L. Pernet repris de Schaaff 1988a, Abb. 1 et 41; Waurick 1988b, Abb. 14



  • Le type Coolus/Mannheim : Ces casques en bronze sont coulés d’un seul tenant, avec une calotte lisse et un couvre nuque très peu marqué. Ils ne possèdent pas de paragnathides. L’histoire de la recherche sur ce type de casque est longue et complexe. Ils posent problème notamment au sujet de leur origine et de leur attribution. En effet, suivant les auteurs ils sont alternativement attribués à la tradition gauloise ou romaine. Certains chercheurs dissocient les deux appellations en considérant le casque type Coolus comme étant un casque « léger » et le type Mannheim comme étant un casque « lourd ». Des scientifiques présentent la variante Coolus comme celtique et la variante Mannheim, plus massive, comme une évolution du type Coolus produit par les Romains. Il serait considéré comme le casque utilisé par les légionnaires lors de la Guerre des Gaules.
Casque type coolus et mannheim
Dessin L. Pernet repris de Schaaff 1988a, Abb. 1 et 41; Waurick 1988b, Abb. 14)



 

En résumé, l’attribution culturelle de ce type de casque daté du IIème au Ier avant J-C, principalement découvert et utilisé en Gaule, n’est pas encore totalement tranchée.

 

 

Cotte de maille et cuirasses

La cotte de maille est une invention attribuée aux Celtes à la fin du Ive siècle avant J-C. Bien que l’archéologie nous livre peu d’informations à son sujet, seulement de rares fragments ont été retrouvés lors de fouilles, les quelques représentations connues nous permettent d’avoir une idée claire de sa conception.

 

Roquepertuse
Roquepertuse
A- Une des statues des guerriers assis en tailleur avec restitution de la cuirasse complète et certains des principaux décors peints ou gravés.
B- Statue du guerrier assis de Glanum avec vue partielle de sa cuirasse et quelques décors peints sur les piliers du sanctuaire.

 

Guerrier de Vachère. Statue de guerrier de l’époque augustéenne.

Composée d’environ 30 000 anneaux entremêlés ou rivetés les uns aux autres, munie d’épaulettes et dépourvue de manches, son poids est de 10 à 15 kg. Sous cette protection, un vêtement épais ou matelassé permettrait également d’amortir les impacts. En effet, la cotte de maille permet de protéger des coups de taille mais reste cependant vulnérable aux attaques d’estoc. Sa fabrication prend du temps et nécessite une quantité de métal importante, son usage était donc certainement réservé aux élites guerrières. Cette protection est adoptée par les Romains dès le début du second siècle avant J.-C.

Elle fut utilisée jusqu’à la Première Guerre Mondiale comme protection contre les éclats par les chars de combat, une autre preuve de son efficacité.

Elle est encore employée de nos jours en boucherie et par certains plongeurs pour se protéger des morsures de requins.

Si aucune découverte archéologique n’atteste l’utilisation de cuirasses et autres éléments d’armures en cuir, diverses représentations, notamment de statues, laisse supposer de leur existence.